Capacités des migrants
1. Contexte
Les capacités des migrants constituent l’une des ressources disponibles les plus importantes pour contribuer à la croissance, au développement et à la réduction du niveau de pauvreté dans les pays d’origine des migrants. Il ne s’agit pas uniquement du capital humain de chaque personne (éducation, formation compétences et connaissances) mais également du capital financier et entrepreneurial (investissements pour le développement à l’étranger, commerce, transferts d’argent, épargnes, investissements commerciaux, achat de biens immobiliers, et soutien de causes humanitaires), du capital social (réseaux, normes et valeurs qui facilitent la coopération entre les différents groupes), du capital affectif (engagement et bonne volonté résultant des liens affectifs du migrant avec son pays d’origine) et, enfin, du capital local (volonté d’investir / d’agir dans des régions habituellement délaissées) [1]. L’utilisation productive du capital humain, dans toutes ses dimensions, est essentielle. Elle permet la mise en place de processus de développement, tout en contribuant à d’autres progrès, comme la constitution d’une stabilité politique ou le respect des normes démocratiques. Ces différents aspects peuvent conduire à l’amélioration des conditions socio-économiques des pays d’origine des migrants et, par conséquent, contribuer à l’atteinte des Objectifs du Millénaire pour le Développement.
Pour parvenir à des résultats tangibles et positifs, plusieurs conditions doivent être réunies. Les parties prenantes ainsi que les personnes chargées de l’élaboration des directives doivent mettre en place des mesures favorables aux migrants, aux pays d’origine et aux pays de destination. La migration d’hommes et de femmes hautement qualifiés, bien que représentant un atout pour le pays d’accueil, peut créer un phénomène de fuite des cerveaux ayant un impact négatif sur le développement des pays d’origine. Ce problème doit être traité via la mise en place de politiques ciblées.
2. Principes et objectifs de l’Appel à projets
Les organisations de la société civile ainsi que les autorités locales ont un rôle déterminant à jouer. Elles peuvent faire en sorte que les capacités des migrants soient utilisées de façon à avoir un impact positif sur le développement des pays. Plusieurs parties prenantes sont impliquées, dont les diasporas, les groupes locaux, le secteur privé, les organisations de la société civile (ONG, y compris des organisations de femmes, des universités, des organismes professionnels, des syndicats, etc.) et les autorités locales. Il convient de faire particulièrement attention aux transferts de compétences dans les secteurs qui sont essentiels au développement des pays d’origine, tels que la santé et l’éducation, et de maximiser l’impact de la migration sur le développement via la promotion de la circulation des compétences.
Les trois objectifs suivants ont été identifiés dans le cadre de cet Appel à projet :
1. Objectif 1 : Compenser l’impact négatif de la « fuite des cerveaux » en identifiant et attirant le juste capital humain des migrants pour contribuer au développement des pays d’origine
Il faut élaborer des politiques et des programmes visant à minimiser l’impact négatif de la migration, tout particulièrement celui de l’émigration d’hommes et de femmes hautement qualifiés quittant des pays en développement, et transformer la « fuite des cerveaux » en « gain de cerveaux ». Pour cela, il est nécessaire de créer des environnements attractifs et de mettre en place des mesures d’incitation dans les pays d’origine, afin que les diasporas retournent dans leur pays, temporairement ou définitivement, pour y former leurs homologues. De nouvelles possibilités de transmission de connaissances et d’échange de savoir-faire apparaissent chaque jour. Les technologies de l’information et de la communication sont des instruments clés car ils permettent l’échange de savoir-faire via un « retour virtuel ». Il faut parvenir à attirer le bon capital humain parmi les migrants de la diaspora qui peuvent apporter leur aide dans les secteurs clés pour le développement des pays d’origine. Il faut également reconnaître la valeur intrinsèque du capital social et les utiliser en tant qu’outil de développement.
2. Objectif 2 : Eviter le « gaspillage des cerveaux » aussi bien dans les pays d’origine que dans les pays de destination
Il est nécessaire de mettre en place des stratégies innovantes afin d’utiliser convenablement les capacités des migrants potentiels et des personnes retournant dans leur pays d’origine. Les migrants potentiels doivent être dûment informés sur les possibilités de trouver un emploi correspondant à leurs compétences et à leur expérience. Cela permet d’éviter le « gaspillage des cerveaux » ou la déqualification des personnes suite à leur arrivée dans le pays d’accueil. Il convient d’explorer davantage la possibilité de créer des programmes de pré-départ et de pré-recrutement. En étant bien informés, les migrants peuvent prendre de bonnes décisions et contribuer davantage au développement de leur pays d’origine, lors de leur séjour à l’étranger mais aussi au moment de leur retour au pays. Il faut permettre aux migrants d’être autonomes, de prendre des décisions en fonction de leur profil. Cela est possible en dispensant aux candidats à l’émigration des séances de formation avant le départ, portant sur des aspects clés tels que la gestion de projet, l’investissement, les activités rentables, les activités ayant un impact social, etc. Le fait de trouver un emploi à l’étranger contribuera à leur développement personnel ainsi qu’au développement de leur pays d’origine.
Pour accroitre le potentiel de développement des personnes retournant dans leurs pays d’origine, il faut informer les hommes et les femmes qui souhaitent regagner leur pays d’origine sur les possibilités de trouver un emploi et sur la situation actuelle dans leur pays d’origine. Ils doivent être aidés pour une réintégration sociale et professionnelle réussie. Des mesures d’incitation renforçant et maintenant les liens entre les pays d’origine et les pays de destination peuvent encourager les personnes à retourner au pays. Les migrants bien informés peuvent avoir un impact plus important sur le développement de leur pays d’origine. Il ne faut pas exclure les migrants forcés ni les migrants en difficulté, car ceux-ci représentent un fort potentiel de développement, qui pourrait être mieux utilisé grâce à la mise en place d’actions ciblées[2]. Par ailleurs, il est nécessaire d’informer les femmes sur les possibilités de migration professionnelle correspondant à leurs compétences. Il faut également créer des programmes de adaptés aux besoins spécifiques des femmes.
3. Objectif 3 : Augmenter les capacités des migrants hautement qualifiés et des organismes professionnels de migrants pour agir sur le développement
Il convient d’augmenter le potentiel de développement des migrants hautement qualifiés, des organismes professionnels, des médias, des sociétés commerciales ou des associations académiques de migrants et de maximiser l’impact de ceux-ci sur le développement. Cela permet de renforcer l’échange de connaissances entre les diasporas et les pays d’origine, et de multiplier les partenariats de travail favorables au développement. Pendant leur séjour à l’étranger, les diasporas acquièrent de nouvelles compétences, elles développent des réseaux et créent des relations fortes via leurs activités professionnelles, qui peuvent être très utiles au développement de leur pays d’origine. Ces migrants et ces groupes de migrants peuvent agir en tant qu’intermédiaires et faciliter l’échange de technologies, de connaissances et de savoir-faire, dans des secteurs stratégiques, contribuant au développement de leurs pays d’origine.
3. Résultats attendus et exemples d’interventions
L’Initiative conjointe pour la Migration et le Développement financera des projets qui :
· Sont élaborés en conformité avec les spécifications incluses dans cet appel à projets;
· Sont présentés par un consortium composé d’un certain nombre d’organisations candidates éligibles, dont au moins une est basée dans l’un des 16 pays cibles de l’Initiative conjointe et dont au moins une est basée dans l’un des états membres de l’Union européenne,
· Ont un impact direct sur le développement de l’un des 16 pays visés dans le cadre de cet appel ;
· Visent à atteindre un ou plusieurs des résultats détaillés ci-dessous (veuillez noter que les exemples d’interventions énumérés ci-dessous sont données à titre indicatif seulement) :
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Objectif 1 : Faire correspondre l’offre et la demande de capacités des migrants pour un meilleur impact sur le développement |
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Exemples d’interventions : · Interventions visant à répertorier les compétences techniques et les formations des diasporas et à faire en sorte que leur savoir-faire bénéficie à des secteurs spécifiques dans le pays d’origine ; · Création de bases de données afin de faire correspondre l’expérience et le bagage professionnel des diasporas avec les besoins du pays d’origine, au niveau local et/ou au niveau sectoriel ; · Interventions ayant pour but d’informer les diasporas sur les problèmes existants dans les pays d’origine afin d’encourager le transfert des compétences ; · Initiatives visant à faciliter le transfert des compétences via la mise en place de retours de migrants dans leur pays d’origine (retours temporaires, définitifs et/ou virtuels) (par exemple : enseignement en ligne) ; · Interventions ayant pour but de promouvoir les initiatives visant à faire correspondre les compétences des migrants aux offres d’emploi via l’organisation de « Journées d’information sur les carrières », impliquant des sociétés commerciales et des diasporas, en parallèle avec d’autres initiatives soutenues par des organisations travaillant sur le thème de la migration et du développement ; · Projets et programmes des autorités locales, créés en partenariat avec le secteur privé / les organisations de la société civile, dont l’objectif est d’encourager les expatriés à retourner dans leur pays d’origine pour y mener, pendant une courte période, des activités contribuant au renforcement des capacités ; · Projets et programmes visant à mettre en place des stratégies ciblées (au niveau local, au niveau national et/ou par secteur) pour créer des environnements favorables au retour temporaire ou définitif des diasporas ; · Projets de recherche ayant pour but de documenter l’impact de la migration circulaire, en tenant compte des différences entre les hommes et les femmes. |
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Objectif 2 : Informer, conseiller et soutenir les migrants potentiels ainsi que les personnes retournant dans leur pays d’origine afin d’optimiser l’impact de leurs compétences sur le développement |
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Exemples d’interventions : · Interventions des gouvernements locaux et de la société civile visant à organiser des réunions d’information avant le départ pour les migrants potentiels (par exemple : informations sur les opportunités d’emploi, conditions de reconnaissance des diplômes dans les pays d’accueil, etc.), via la création de centres d’information ou de centres multimédias au niveau local ; · Partenariats publics et privés crées dans le but d’éviter le « gaspillage des cerveaux » dans les pays de destination, via la mise en place d’initiatives ciblées ; · Interventions visant à informer les personnes souhaitant retourner dans leur pays d’origine sur les opportunités d’emploi et sur les investissements possibles, afin de favoriser le transfert des compétences lors du retour (par exemple : centres d’informations en ligne, informations sur les conditions de reconnaissance des titres professionnels, sur les possibilités d’un retour temporaire afin d’apporter une aide dans des domaines spécifiques, etc.) ; · Programmes conçus pour favoriser la réintégration professionnelle des personnes rentrant au pays d’origine (réfugiés y compris) : assistance fournie aux migrants pour les aider à trouver un emploi correspondant à leurs compétences et à leur expérience et/ou pour les aider à accéder à un micro-credit afin de créer une micro-enterprise ou une PME, financement des équipements professionnels, formations professionnelles, etc. ; · Programmes des gouvernements locaux (crées en partenariat avec d’autres acteurs) pour donner aux personnes retournant dans leur pays d’origine (réfugiés y compris) une accréditation en tant que formateurs ou consultants dans les écoles, les organismes gouvernementaux ou dans des entités du secteur privé ; · Programmes et Directives de promotion de l’entreprenariat, y compris l’accès à l’information et aux formations, services financiers et autres ; · Programmes visant à améliorer les capacités et les compétences des femmes, tout particulièrement via la dispense d’une formation avant le départ pour les femmes qui souhaitent travaillent à l’étranger ; · Programmes et projets d’enseignement dans les centres / camps de réfugiés ; · Prestation de divers services liés à l’emploi, notamment l’apport d’information sur le marché du travail, conseils et placement ; · Assistance à la réintégration professionnelle des migrants en situation irrégulière, des personnes en difficulté et des réfugiés retournant dans leur pays d’origine. |
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Objectif 3 : Promouvoir et optimiser le potentiel de développement des migrants hautement qualifiés, des organismes professionnels et des associations d’entrepreneurs des migrants |
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Exemples d’interventions : · Interventions des associations d’entrepreneurs ayant pour but de créer des réseaux établissant des liens avec les sociétés situées à l’étranger, pour échanger des informations sur les possibilités d’investissement, les stratégies d’incitation, les meilleures pratiques et le savoir-faire ; · Interventions visant à promouvoir et à créer des échanges entre les diasporas hautement qualifiées et les pays d’origine dans des domaines clés tels que la santé, l’éducation ou la technologie (par exemple : développement de programmes de santé en ligne liant les diasporas hautement qualifiées et les organisations du pays d’origine gérées / coordonnées par les gouvernements locaux / les institutions locales travaillant dans le secteur de la santé, etc.) ; · Interventions ayant pour but de renforcer les initiatives des diasporas hautement qualifiées, plus particulièrement les initiatives visant à développer les entreprises ou à améliorer les conditions dans le domaine de la santé et de l’éducation. Interventions ayant pour but d’optimiser le transfert des compétences et du savoir-faire des diasporas (par exemple : développer des projets ou des interventions pour promouvoir l’échange des compétences et du savoir-faire, via l’organisation de séminaires, l’utilisation des nouvelles technologies de l’information et de la communication, etc.) ; · Interventions innovantes visant à développer / à étendre les réseaux d’enseignement, dans des zones où les membres des centres d’excellence peuvent devenir les mentors d’autres communautés, en permettant aux professeurs d’utiliser leurs compétences en tant qu’éducateurs professionnels (par exemple : programmes d’apprentissage et d’enseignement en ligne, etc.) ; · Initiatives ayant pour but de renforcer les moyens des organismes professionnels et de les encourager à établir des réseaux permanents pour la collecte et le partage de données et de statistiques, l’analyse de cas complexes, la participation à des projets de recherche, etc. (par exemple : systèmes de santé en ligne facilitant la gestion du savoir) ; · Projets d’expansion des programmes de formation impliquant des diasporas dans les zones clés de développement (par exemple : enseignement des connaissances de base dans le domaine de la santé, formation des travailleurs ruraux sur les systèmes d’exploitation les plus productifs).
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[1] OIM. Faire participer les diasporas au développement des pays d’origine et des pays de destination : Défis auxquels sont confrontées les personnes chargées de l’élaboration des directives. Série de recherches sur la migration réalisée par l’OIM, N°26, 2006.
[2] HCR. Migration forcée et développement, Participation au Forum mondial sur la migration et le développement, Juillet 2007



